Archives pour juin 2007|Archives mensuelles

Eco-Ecoliers

eco_small01.jpg

eco_small.jpg

eco_small03.jpg

Exposition réalisée par les enfants du périscolaire des écoles d’Annecy (74) sur le développement durable, juin 2007.

Christiane Taubira, L’Esclavage Raconté à Ma Fille, Clamecy, Bibliophane, 2006.

L’auteur-e :

Christiane Taubira, députée de Guyane, membre de la commission des Affaires étrangères, a rédigé la proposition de loi visant à reconnaître la traite négrière et l’esclavage comme crime contre l’humanité. Elle est aussi l’auteur-e de plusieurs publications de sociologie, d’économie, et de Mabula Taki, Gallimard, 1995 (in Noir des Isles, collectif).

4ème de couverture :

Il paraît que l’esclavage a toujours existé ? Parle-moi de ces nègres marrons que tu aimes tant …La France devrait donc regretter toute l’aventure coloniale ? Quelle est la différence entre l’esclavage contemporain et l’esclavage dit « moderne » ?

Une mère militante et passionnée raconte à sa fille l’histoire des souffrances et des révoltes des peuples victimes de l’esclavage.

Avec une remarquable force de conviction, elle rappelle que, si cette pratique est abolie en France depuis cent cinquante ans, ses conséquences morales, politiques et économiques affectent aujourd’hui encore des millions d’individus.

Le style incisif et flamboyant et Christine Taubira fait d’abord de son livre une œuvre d’écrivain-e.

Extrait (page 77 à 82) :

Aurait-on pu qualifier la traite et l’esclavage de génocide ?

Au regard de la définition du génocide, à mon avis, non. Si je prends la définition contenue dans la convention de l’ONU du 9 décembre 1948, le génocide qualifierait les actes « commis dans l’intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux, comme tel ». La convention précise les actes concernés, qui seraient « le meurtre de membres du groupe, l’atteinte grave à l’intégrité physique ou mentale d’un groupe, la soumission intentionnelle du groupe à des conditions d’existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle, les mesures visant à entraver la naissance au sein du groupe, les transferts forcés d’enfants du groupe à un autre ». Il est évident que la définition est très contextualisée, au sens où elle a été conçue sur mesure pour définir la Shoah, même si le terme existait auparavant. Le dernier motif, à savoir le transfert forcé d’enfants, se réfère manifestement au Lebensborn, programme nazi de sélection des bébés.

Tous ces actes s’accorderaient à l’esclavage, à l’exception notable des mesures visant à entraver la naissance au sein d’un groupe. Au contraire, les esclavagistes « sélectionnaient » des hommes étalons, comme on fait avec les boucs, les taureaux ou les verrats, pour assurer la reproduction et l’augmentation de leur capital. Cela leur coûtait moins cher que d’en racheter, particulièrement après l’interdiction de la traite qu augmentait le risque des négriers, donc le prix des esclaves. D’autant plus que les conditions de travail qu’ils infligeaient aux esclaves raccourcissaient notablement leur espérance de vie. C’est le problème des définitions : elles figent dans des catégories les méfaits humains qui ont malheureusement toujours sur elles une longueur d’avance. Il me paraît évident que les massacres d’Amérindiens, à partir du moment où ils sont devenus systématiques, constituent un génocide, le but ayant été de les exterminer pour leur confisquer terres et richesses.

La notion de crime contre l’humanité convient donc mieux à ce que furent la traite et l’esclavage ?

Le génocide est un crime contre l’humanité. Le nouveau code pénal français, à la suite de la réforme de 1944, traite les crimes contre l’humanité en ses articles 211 et 212, l’un portant sur le génocide, et l’autre intitulé « Des autres crimes contre l’humanité ». Comme le génocide, le crime contre l’humanité n’est pas défini dans l’absolu mais à travers divers actes. (…)

Les travaux de Mireille Delmas-Marty, de Pierre Truche, d’André Froissard et d’Emmanuel Jos éclairent significativement le sens et la portée du crime contre l’humanité. Ils nous enseignent que c’est la négation de l’humanité de la victime, le fait de l’évincer de la famille humaine, qui d’abord constitue le crime contre l’humanité, replaçant les querelles statistiques à leur place. « Ce ne sont ni le nombre des victimes, ni l’intensité de leur souffrance mais la négation de la part de l’homme éternel qui est en chacun » qui constitue un crime contre l’humanité. L’état de guerre n’est donc pas le seul cadre où il puisse être perpétré. Et pour ma part, je ne vois pas de concept plus pertinent pour embrasser la totalité de ce que furent la traite et l’esclavage. Pouvait-on nier davantage l’humanité de ces enfants, de ces hommes qui furent razziés, marqués au fer, enchaînés, entravés, violés, frappés, vendus par lots ou séparément, mutilés, écartelés, assassinés, en toute légalité ? les conditions de nombre sont satisfaisantes. La souffrance intense est bien réelle. Mais par-dessus tout, ce sont le déni, l’écrasement, l’anéantissement de la part d’homme éternel en chacun des esclaves qui constituent le crime contre l’humanité. Et que les hommes n’aient inventé le nom de leur crime que plus d’un siècle après avoir cessé de l’accomplir n’efface ni adoucit les dommages et la perversion.

Il est quand même bizarre de réaliser que beaucoup de temps a passé et que tout ça est resté dans le plus grand silence.

Le silence officiel. C’était d’ailleurs une recommandation martelée par les gouvernements qui ont lu publiquement le décret d’abolition aux populations rassemblées : « Nous devons oublier le passé. Il n’y a plus dans les colonies que des hommes libres et des frères. » Les oppresseurs avaient tout intérêt à organiser cet oubli. Les anciens esclaves, non. Mais le rapport de forces leur était défavorable. Les anciens esclavagistes conservaient les terres et recevaient en outre des indemnités pour compenser la perte de main-d’œuvre gratuite. L’engagisme, qui consistait à faire venir des travailleurs des pays d’Asie contre de bas salaires, a remplacé l’esclavage. Les décrets contre le vagabondage pris par les gouverneurs, permettant de renvoyer sur les plantations les affranchis qui refusaient le travail salarié, l’obligation faite à tous, y compris au femmes mariées de présenter un livret de travail ont installé les anciens esclaves dans la dépendance et la précarité. Le pouvoir de répression est passé du maître à l’institution judiciaire. Mais celle-ci étant toute dévouée aux planteurs, c’est au nom de l’autorité publique qu’elle assure a chasse aux inactifs, pratiquant aussi les châtiments corporels. L’affranchi se retrouve quasiment aussi encerclé que l’esclave. (…)

Heureusement, les temps changent. Maintenant on va en parler partout, et même l’apprendre à l’école.

Ce n’est pas encore gagné. Les discours officiels qui abondent se situent résolument sur le terrain de l’indignation morale. Il aura encore à ferrailler pou que la traite et l’esclavage soient reconnus pour ce qu’ils furent, le premier système économique et la première organisation sociale hiérarchisée dont les fondations sont la déportation de population et le meurtre légal. Il doit être appréhendé en tant que tel.

Handicap : évolution des concepts

Les représentations sociales sont définies comme le résultat d’une activité mentale construite par les individus pour déterminer leur position par rapport à des situations, des évènements et des objets qui les concernent. Elles se créent selon certaines normes et permettent de les rassurer quant à leur identité. Concernant le handicap, nos représentations sociales sont souvent contradictoires: valorisation de la personne d’un côté (égalité des chances, respect de la différence, droit à la participation), et, dévalorisation d’un autre côté (manque, incapacité, déficiences). On retrouve cette même contradiction de façon très concrète dans le quotidien. Ainsi, par exemple, le symbole du handicap physique est le “fauteuil roulant” alors que paradoxalement, il est un moyen de locomotion de remplacement quand la marche est impossible. Le fauteuil est donc, à la fois, signe de présence et d’absence de situation de handicap. Il inscrit la personne comme handicapée alors même qu’il permet de compenser sa déficience.

imgp1253.jpg

En 1982, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) décide de modifier la Classification Internationale des Déficiences, Incapacité et Handicaps (CIDIH) en décidant de mettre au point un instrument de description non plus centré sur les seules caractéristiques des individus mais prenant en compte le rôle de l’environnement. Cette révision se fait dans un contexte d’évolution des représentations du handicap et d’une revendication des personnes handicapées d’intervenir comme experts dans le domaine. Elle conduit à prendre en considération les obstacles à la participation sociale des personnes handicapées, créés par l’environnement, et aboutit en 2001, à la création de la Classification Internationale du Fonctionnement Humain, du Handicap et de la Santé (CIF[1]). Celle-ci tient compte des aspects sociaux du handicap et fournit un mécanisme pour évaluer l’impact de l’environnement social et physique sur les fonctionnalités de la personne. Par exemple, une personne victime d’un accident, désormais en fauteuil roulant et qui ne peut plus se rendre sur son lieu de travail (bâtiment sans rampe d’accès ou ascenseur) ne doit pas être contrainte de changer de travail. La CIF permet d’identifier l’intervention nécessaire : c’est le bâtiment qui doit être modifié et non la personne qui doit s’adapter. Ainsi, elle offre un outil scientifique permettant de passer d’un modèle médical (le handicap est un attribut de l’individu qui relève d’une politique médicale) à un modèle biopsychosocial, qui intègre des données médicales, individuelles et sociales :

  1. Un changement, une manifestation pathologique se produit chez l’individu (symptômes et signes) ;
  2. Niveau du corps – Quelqu’un prend conscience de ce fait, les signes sont « extériorisés » : la perte ou l’anomalie d’un organe ou/et d’une fonction devient déficience ;
  3. Niveau de la personne – La réalisation des activités de l’individu sont perturbées, limitées : il présente une incapacité. Ce concept désigne la rencontre entre l’individu déficient et l’environnement (humain, matériel) et ses exigences ;
  4. Niveau de la société – L’individu se trouve désavantagé par rapport aux autres dans la société. Cette limitation du rôle et du statut social est définit par le concept de handicap.

En développant sa Classification, le Québec va encore plus loin dans l’évolution des représentations du handicap. Cette classification propose d’expliquer la mise en place des processus qui produisent le handicap, c’est à dire non plus de façon linéaire (déficiences→incapcités→handicap) mais de façon interactive, et suggère de distinguer les concepts de d’activité et de participation à l’intérieur du concept d’incapacité. Par exemple, les activités quotidiennes et domestiques comme les soins liés à l’hygiène ou la préparation des repas ne sont plus considérées comme des capacités personnelles, mais plutôt comme des situations de participation sociale.

Cependant, au niveau international, les différents pays peinent à s’entendre concernant l’évolution de ces concepts. En 2002, l’OMS se trouve confrontée à la querelle, alors que les débats conceptuels pointus dans le domaine ne semblent pas avoir de poids auprès des décideurs politiques. Cette différenciation entre activité et participation n’est pas retenue par la CIF, qui échoue à clarifier le concept d’incapacité, continuant à favoriser le dominant modèle bio-médical et économique. Quelles influences cachées peuvent avoir les intérêts économiques liés aux lobbies des professionnels et industries de la santé, des régimes d’indemnisation, et des systèmes médicaux-légaux qui sont associés à l’OMS ? D’autre part, la CIF renforce la croyance en la responsabilité personnelle de la « capacité » de travail, de prendre soin de ses enfants ou encore de se déplacer en transports en commun. Elle s’éloigne donc de l’idée centrale qui distingue ce qui appartient intrinsèquement à la personne, de la réalisation des activités réalisées socialement, plus complexe et résultante d’une interaction entre les facteurs personnels et es facteurs environnementaux.

L’importance des facteurs environnementaux est pourtant indispensable à prendre considération si on veut avoir une réflexion globale et positive, permettant de lever le fardeau de la responsabilité de l’exclusion sur le dos des « incapables », de faire évoluer les représentations ambiguës que nous avons du handicap, et de faire tomber les apparentes « barrières idéologiques et institutionnelles ». Dans Corps Infirmes et Sociétés, H.J. Stiker relate l’histoire éclairante d’un film anglais. Il s’agit d’un monde dans lequel les Hommes/Femmes sont tous en fauteuil roulant et dont les structures sont organisées en conséquent. Un jour, naît une personne qui a la possibilité de marcher : elle se cogne au montant des portes, glisse sur les rampes…Il se crée alors des associations spécifiques de rééducation, de réapprentissage, d’accessibilité, alors que personne ne pense pas à adapter les structures de base de cette société. Cette histoire fait sourire dans la mesure où il apparaît une analogie évidente et ironique avec notre société, dans laquelle l’inadaptation du départ doit être compensé pour se terminer par une adaptation de la personne concernée.

Cannelle Delieutraz

plus d’infos : http://www.pistes.uqam.ca/v4n2/pdf/v4n2a12.pdf et http://sportadapte38.blog4ever.com


[1] La Classification Internationale du Fonctionnement, du Handicap et de la Santé (CIF) est un cadre conceptuel qui présente une terminologie et une classification normalisées des conséquences de la maladie. La classification a été publiée pour la première fois en 1980 à titre d’essai sous le nom Classification Internationale des Handicaps : Déficiences, Incapacités et Désavantages (CIH). Depuis sa publication, la classification a été utilisée dans divers domaines et comporte des applications spécifiques pour les diagnostics cliniques, l’évaluation en réadaptation, la planification de politiques pour les personnes handicapés et la recherche par sondage. Sous les auspices de l’Organisation mondiale de la Santé, la CIH a été révisée et renommée CIF en 2001.

08/06/07_Paris_Metro_Père_Lachaise_9h_am