Archive de la catégorie «Lectures»

Peter Watkins, Media Crisis, Homnisphères, Paris, 2007 (2003).

4ème de couverture

Par l’expression MEDIA CRISIS (CRISE DES MEDIAS), j’entends l’irresponsabilité des mass media audiovisuels (MMAV) et leur impact dévastateur sur l’Homme, la société et l’environnement.

Je parle des processus manipulateurs et autoritaires mis en place par les médias audiovisuels dont la Monoforme, le langage dominant employé pour structurer les films, journaux télévisés, documentaires… et l’Horloge universelle, cette camisole temporelle qui formate l’ensemble des programmes télévisuels.

Je parle aussi du silence étourdissant de la part des professionnels des médias et du système éducatif autour de l’impact de la Monoforme sur la société en général, et de ses conséquences sur la crise environnementale qui affecte la planète.

Je parle enfin du refus systématique des MMAV d’associer le public à tout débat critique sur les processus de fabrication et de diffusion de leurs productions audiovisuelles dans la société contemporaine.

 

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Peter WATKINS, cinéaste et critique des médias anglais, est l’auteur entre autres de La Bombe (The War Game, 1966), Punishment Park (1971), Edvard Munch (1973), Le Voyage (The Journey, 1986) et La Commune, (Paris, 1871) en 1999. Depuis le début des années 1960, Peter Watkins n’a jamais cessé de porter un regard critique sur les mass média audiovisuels, particulièrement dans ses films où cette thématique majeure a toujours été omniprésente. En dépit des différents types de censure qui ont frappé la plupart de ses œuvres, cet artiste hors-norme a réussi à tourner un peu partout dans le monde. Aujourd’hui, plus que jamais, Peter Watkins continue de se battre pour l’émergence d’un véritable processus alternatif et démocratique dans le champ du medium audiovisuel (« The lost hero of british TV », titrait à son propos The Guardian en février 2000).

Le site des éditions Homnisphères http://homnispheres.info

 

Christiane Taubira, L’Esclavage Raconté à Ma Fille, Clamecy, Bibliophane, 2006.

L’auteur-e :

Christiane Taubira, députée de Guyane, membre de la commission des Affaires étrangères, a rédigé la proposition de loi visant à reconnaître la traite négrière et l’esclavage comme crime contre l’humanité. Elle est aussi l’auteur-e de plusieurs publications de sociologie, d’économie, et de Mabula Taki, Gallimard, 1995 (in Noir des Isles, collectif).

4ème de couverture :

Il paraît que l’esclavage a toujours existé ? Parle-moi de ces nègres marrons que tu aimes tant …La France devrait donc regretter toute l’aventure coloniale ? Quelle est la différence entre l’esclavage contemporain et l’esclavage dit « moderne » ?

Une mère militante et passionnée raconte à sa fille l’histoire des souffrances et des révoltes des peuples victimes de l’esclavage.

Avec une remarquable force de conviction, elle rappelle que, si cette pratique est abolie en France depuis cent cinquante ans, ses conséquences morales, politiques et économiques affectent aujourd’hui encore des millions d’individus.

Le style incisif et flamboyant et Christine Taubira fait d’abord de son livre une œuvre d’écrivain-e.

Extrait (page 77 à 82) :

Aurait-on pu qualifier la traite et l’esclavage de génocide ?

Au regard de la définition du génocide, à mon avis, non. Si je prends la définition contenue dans la convention de l’ONU du 9 décembre 1948, le génocide qualifierait les actes « commis dans l’intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux, comme tel ». La convention précise les actes concernés, qui seraient « le meurtre de membres du groupe, l’atteinte grave à l’intégrité physique ou mentale d’un groupe, la soumission intentionnelle du groupe à des conditions d’existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle, les mesures visant à entraver la naissance au sein du groupe, les transferts forcés d’enfants du groupe à un autre ». Il est évident que la définition est très contextualisée, au sens où elle a été conçue sur mesure pour définir la Shoah, même si le terme existait auparavant. Le dernier motif, à savoir le transfert forcé d’enfants, se réfère manifestement au Lebensborn, programme nazi de sélection des bébés.

Tous ces actes s’accorderaient à l’esclavage, à l’exception notable des mesures visant à entraver la naissance au sein d’un groupe. Au contraire, les esclavagistes « sélectionnaient » des hommes étalons, comme on fait avec les boucs, les taureaux ou les verrats, pour assurer la reproduction et l’augmentation de leur capital. Cela leur coûtait moins cher que d’en racheter, particulièrement après l’interdiction de la traite qu augmentait le risque des négriers, donc le prix des esclaves. D’autant plus que les conditions de travail qu’ils infligeaient aux esclaves raccourcissaient notablement leur espérance de vie. C’est le problème des définitions : elles figent dans des catégories les méfaits humains qui ont malheureusement toujours sur elles une longueur d’avance. Il me paraît évident que les massacres d’Amérindiens, à partir du moment où ils sont devenus systématiques, constituent un génocide, le but ayant été de les exterminer pour leur confisquer terres et richesses.

La notion de crime contre l’humanité convient donc mieux à ce que furent la traite et l’esclavage ?

Le génocide est un crime contre l’humanité. Le nouveau code pénal français, à la suite de la réforme de 1944, traite les crimes contre l’humanité en ses articles 211 et 212, l’un portant sur le génocide, et l’autre intitulé « Des autres crimes contre l’humanité ». Comme le génocide, le crime contre l’humanité n’est pas défini dans l’absolu mais à travers divers actes. (…)

Les travaux de Mireille Delmas-Marty, de Pierre Truche, d’André Froissard et d’Emmanuel Jos éclairent significativement le sens et la portée du crime contre l’humanité. Ils nous enseignent que c’est la négation de l’humanité de la victime, le fait de l’évincer de la famille humaine, qui d’abord constitue le crime contre l’humanité, replaçant les querelles statistiques à leur place. « Ce ne sont ni le nombre des victimes, ni l’intensité de leur souffrance mais la négation de la part de l’homme éternel qui est en chacun » qui constitue un crime contre l’humanité. L’état de guerre n’est donc pas le seul cadre où il puisse être perpétré. Et pour ma part, je ne vois pas de concept plus pertinent pour embrasser la totalité de ce que furent la traite et l’esclavage. Pouvait-on nier davantage l’humanité de ces enfants, de ces hommes qui furent razziés, marqués au fer, enchaînés, entravés, violés, frappés, vendus par lots ou séparément, mutilés, écartelés, assassinés, en toute légalité ? les conditions de nombre sont satisfaisantes. La souffrance intense est bien réelle. Mais par-dessus tout, ce sont le déni, l’écrasement, l’anéantissement de la part d’homme éternel en chacun des esclaves qui constituent le crime contre l’humanité. Et que les hommes n’aient inventé le nom de leur crime que plus d’un siècle après avoir cessé de l’accomplir n’efface ni adoucit les dommages et la perversion.

Il est quand même bizarre de réaliser que beaucoup de temps a passé et que tout ça est resté dans le plus grand silence.

Le silence officiel. C’était d’ailleurs une recommandation martelée par les gouvernements qui ont lu publiquement le décret d’abolition aux populations rassemblées : « Nous devons oublier le passé. Il n’y a plus dans les colonies que des hommes libres et des frères. » Les oppresseurs avaient tout intérêt à organiser cet oubli. Les anciens esclaves, non. Mais le rapport de forces leur était défavorable. Les anciens esclavagistes conservaient les terres et recevaient en outre des indemnités pour compenser la perte de main-d’œuvre gratuite. L’engagisme, qui consistait à faire venir des travailleurs des pays d’Asie contre de bas salaires, a remplacé l’esclavage. Les décrets contre le vagabondage pris par les gouverneurs, permettant de renvoyer sur les plantations les affranchis qui refusaient le travail salarié, l’obligation faite à tous, y compris au femmes mariées de présenter un livret de travail ont installé les anciens esclaves dans la dépendance et la précarité. Le pouvoir de répression est passé du maître à l’institution judiciaire. Mais celle-ci étant toute dévouée aux planteurs, c’est au nom de l’autorité publique qu’elle assure a chasse aux inactifs, pratiquant aussi les châtiments corporels. L’affranchi se retrouve quasiment aussi encerclé que l’esclave. (…)

Heureusement, les temps changent. Maintenant on va en parler partout, et même l’apprendre à l’école.

Ce n’est pas encore gagné. Les discours officiels qui abondent se situent résolument sur le terrain de l’indignation morale. Il aura encore à ferrailler pou que la traite et l’esclavage soient reconnus pour ce qu’ils furent, le premier système économique et la première organisation sociale hiérarchisée dont les fondations sont la déportation de population et le meurtre légal. Il doit être appréhendé en tant que tel.

Félix Guattari, Suely Rolnik, Micropolitiques, trad. fr., Les empêcheurs de penser en rond, Paris, 2007 (Brésil, 1986).

Les auteur-e-s :

Félix Guattari (1930-1992) était philosopphe, (schizo)analyste, militant politique.

Suely Rolnik est psychanalyste, critique culturelle et professeur à l’Université catholique de São Paulo.

4ème de couverture :

“Oui, je crois qu’il existe un peuple multiple, un peuple de mutants, un peuple de potentialités qui apparaît, s’incarne en faits sociaux, en faits littéraires, en fait musicaux. Il est courant qu’on m’accuse d’être exagérement, bêtement, stupidement optimiste, de ne pas voir la misère des peuples. Je peux la voir, mais… je ne sais pas, peut-être suis-je délirant, mais je pense que nous sommes dans une période de productivité, de prolifération, de création, de révolutions absolument fabuleuse du point de vue d’un peuple. C’est ça la révolution moléculaire : ce n’est pas un mot d’orde, un programme, c’est quelque chose que je sens, que je vis, dans les rencontres, dans les institutions, dans affects et aussi à travers quelques réflexions.” C’est ainsi que Félix Guattari se référait à ce qu’il entrevoyait au Brésil. Ce livre est une sorte de journal de bord écrit avec Suely Rolnik.

Amartya Sen, L’Economie est une Science Morale, Paris, La Découverte, 1999.

Biographie de l’auteur :

Amartya Sen est né en 1933 à Santiniketan, au Bengale. Professeur à Calcutta à l’âge de 23 ans, puis à Cambridge, à New Delhi, à la London School of Economics et à Oxford, il enseigne l’économie et la philosophie à Harvard depuis 1987. Il est également depuis 1998, recteur du Trinity College de Cambridge.

4ème de couverture :

En octobre 1998, le prix Nobel d’économie a pour la première fois, été attribué à un économiste issu du tiers monde et spécialiste internationalement reconnu des questions de développement. Encore, mal connu du grand public, Amartya Sen est un économiste inclassable. Philosophe et, par-dessus tout, humaniste, il s’est efforcé de montrer que l’analyse économique traditionnelle était incapable de penser la diversité des comportements et qu’il était indispensable d’y introduire des considérations politiques, sociales et surtout, éthiques. Ses travaux sur la famine et la grande pauvreté l’ont ainsi conduit à s’interroger sur le rapport entre liberté individuelle et égalité sociale ; entre démocratie et développement économique ainsi que sur le rôle de l’Etat dans la redistribution des richesses. Les deux textes rassemblés dans ce livre constituent une introduction à l’œuvre de Amartya Sen. Le lecteur y découvrira la réflexion vive et stimulante, nourrie d’expériences personnelles et d’exemples concrets, d’un économiste atypique qui sans cesse nous rappelle que l’économie est avant tout au service du bien-être de tous.