Archive de la catégorie «Résistances»

Manif Samedi 25 Août

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Manifestation organisée par l’Op
Plus d’infos www.orgapoli.net

Campement Urbain / MAIRIE MONDE

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Photo de Sylvie Blocher

« Je crois que l’expression JE NOUS SOMMES est un départ possible à une re-construction de l’idée de communauté. Le Je ou le Nous, seuls, ne sont pas intéressants. On peut y voir symboliquement le Je capitaliste et le Nous communiste.
C’est la singularité qui permet d’enrayer l’autoritarisme de toute forme d’unicité. La singularité est dérangeante car elle résiste à la “ totalisation ” des corps et à leur surveillance. C’est ce va et vient entre une singularité et un nous commun qui permet d’envisager la liberté autrement. Une multitude de libertés. Une communauté fictive qui ne tendrait pas à faire un seul et même corps. Des faux groupes en recomposition permanente, en mouvement.
JE = JE NOUS SOMMES deux et différents : la décolonisation du moi comme l’ouverture de soi à une forme plurielle, morcelée, double, métissée »

Sylvie Blocher

Source : http://mairiemonde.org/wordpressfr/category/images/

Campement Urbain est un collectif qui élabore des dispositifs artistiques pour expérimenter de nouvelles fictions urbaines.
Pour les 30 ans du Centre Pompidou Campement Urbain vous propose d’apporter vos idées, vos pièces à convictions, pour créer le premier programme d’un MAIRIE MONDE. Une proposition pour trouver de nouvelles idées pour penser autrement l’ouverture au monde, les conditions de la citoyenneté et les plaisirs de la diversité en associant deux termes contradictoires : Mairie et Monde. Campement Urbain utilise le dispositif artistique pour interroger ensemble le monde là où habituellement on garde prudemment le silence.

COMMENT ? Vous pouvez participer au projet de la MAIRIE MONDE jusqu’au 15 août 2007 sur www.mairiemonde.org ou dans l’espace Airs de Paris au 6è étage du Centre Pompidou en donnant votre opinion, ou en écrivant un texte, ou en faisant un dessin, ou en envoyant une photographie, ou en créant une proposition architecturale. Vous pouvez aussi inventer une fiction ou du récit, élaborer des espaces inconnus. Vous pouvez aussi imaginer de nouveaux métiers, transformer ou re-écrire les lois, imaginer des espaces virtuels, sonores, musicaux ou des kits de rencontre ou des paroles à dire. Vous pouvez également inventer de nouveaux rituels, ou des passages de mémoire, des procédés pour créer du jeu dans la rigidité, ou de l’incertain dans les certitudes, de la création dans la normalité. Vous pouvez inventer de la transmission de données, ou l’invention de nouvelles ressources…. etc…

Vous pouvez aussi participer au projet de MAIRIE MONDE par une donation qui permettra à Campement Urbain d’éditer le programme de la MAIRIE MONDE à partir de vos propositions et contributions.

Si la somme récoltée s’avérait plus importante que celle nécessaire à une édition, Campement Urbain mettrait alors en place un premier réseau virtuel des MAIRIES MONDES, qui viserait, dans des contextes géographiques, sociaux, politiques et artistiques différents à décliner localement la base du programme de la MAIRIE MONDE.

Si la somme récoltée s’avérait encore plus importante que celle nécessaire à la mise en place d’un premier réseau virtuel des MAIRIES MONDES, Campement Urbain proposerait de réaliser le premier prototype d’une MAIRIE MONDE dans une ville ouverte à la diversité du monde.

POURQUOI ? Il y a 30 ans, au moment où se construisait le Centre Pompidou – plateforme culturelle expérimentale ouverte sur le monde, Sevran, ville monde de la région parisienne était dotée d’une mairie en préfabriqué !
Aujourd’hui, la permanence de cette coïncidence met l’accent sur le fait que nombre de villes dans le monde sont actuellement dans le même cas que Sevran, constituées d’urbanités multiculturelles où règnent précarité et relégation. Des villes «refuges », pour des milliers de personnes déplacées pour les raisons les plus diverses.
Face à cette situation, les états nations semblent impuissants à proposer un cadre qui permette de prendre en compte de façon globale les besoins économiques et symboliques des populations, et laissent les villes assumer seules au quotidien cette charge. De fait, la politique de la plupart des états hésite entre l’indifférence ou le basculement dans le régressif et le répressif.

Cette situation, dont l’évolution est parallèle au développement des idéologies de la mise en concurrence généralisée et d’un repli de chacun pour soi, nous paraît en plus rétrécir notre capacité collective d’adaptation aux transformations du monde, au regard notamment des mobilités et des mouvements de populations, et nous attarder dans un rôle affligé de spectateur désuet.

Un des enjeux artistiques de ce projet – auquel nous vous proposons de vous associer – est de penser les formes possibles d’accès à une citoyenneté en imaginant une instance commune (publique ?) capable d’organiser, d’expérimenter et de faire évoluer d’autres modalités de constitution de notre citoyenneté.
Pour le dire autrement, même si tout le monde ne peut pas voter, et n’est pas reconnu comme un citoyen à part entière sur un territoire national, est-on pour autant condamné localement à ne pas pouvoir penser un lieu qui pourrait aider à l’accueil, à la reconnaissance, à la rencontre, à la construction de soi hors du champ de l’intime, au politique… un lieu démocratique, construit sur l’association, mais dont la visibilité serait institutionnelle ?

Actuellement, en France, les mairies, premières institutions représentant le peuple et la république peinent à faire le lien entre le local et l’état. Elles restent des espaces franco-français centrées sur leurs fonctions administratives de relais, dans lesquels aucune autre langue n’a de place. Les fonctions politiques, qui se résument souvent à l’expression des suffrages, ne créent ni ne multiplient les espaces dans lesquels pourraient s’actualiser les bases de la démocratie, dans lesquels les questions de la citoyenneté pourraient être examinées et expérimentées, où une réelle participation démocratique pourrait s’organiser.

Les mairies sont le plus souvent placées d’emblée dans des positions contradictoires : d’un côté elles doivent appliquer les décisions de l’exécutif et de l’autre elles doivent organiser de façon autonome une gestion locale spécifique. Il en résulte la plupart du temps un « flou administratif» combiné à une rigidité notoire. Pourtant la Mairie comme institution (et l’histoire l’a montrée), a pu être un espace autre où l’homogénéité et la rigidité de l’Etat a pu être discutée.
La fonction la MAIRIE MONDE pourrait-elle (devrait-elle) être cette capacité à laisser du « jeu » dans un dispositif administratif contraignant en élaborant des « zones d’incertitude » ?

Ce sont les mairies qui instituent les états de légitimité par la reconnaissance officielle de l’identité, le recueil des naissances, l’enregistrement des mariages etc. Ce sont les mairies, qui sur leurs frontons répètent et diffusent les idéaux universels de la république. Ce sont également les mairies qui excluent tout ce qui ne peut se conformer aux formes déclinées de ces idéaux, laissant de côté toutes les trajectoires, tous les mouvements en l’état.
Comment intégrer d’autres formes identitaires en développement et fabriquer une approche qui prendrait la diversité du monde comme principe de réalité ?
Comment concevoir un espace institutionnel qui accepterait et valoriserait d’autres langues, d’autres cultures, qui ferait de ces apports un fond commun, qui romprait avec des pratiques d’inégalité et d’injustice qui bafouent les principes républicains ?
Le summum du racisme n’est-il pas plutôt la négation de la différence que le refus de la différence ? Je me projette dans l’autre et l’autre DOIT être MOI ? Peut-on sortir de la condescendance, accepter de voir les différences et les considérer comme des dynamiques, constitutives d’un projet social et sociétal, comme une richesse collective?

Pour cela la MAIRIE MONDE pourrait-elle (ou devrait-elle) définir d’autres pratiques pour un espace d’actualisation de l’universalité des droits? Une ouverture à la multitude des langues, un espace de l’apprentissage de la culture des autres, une agora de la traduction, des débats ouverts (et pas seulement ceux instrumentés par des objectifs précis de l’administration), une ouverture plus large aux associations, un relais de l’école, un espace public où le sentiment d’appartenance et la construction d’une citoyenneté pourrait encore rassembler et transcender les différences… ?

La « préfabrication » de la mairie de Sevran est contemporaine du Centre Pompidou, pour lequel la modularité et la flexibilité ont été des objectifs assumés et revendiqués de son organisation spatiale, au service d’une diffusion démocratique et constamment actualisée de pratiques culturelles, énoncées comme fondamentalement émancipatrices.
Pour la mairie de Sevran la préfabrication est la résultante de la précarité et de l’absence de solidarité républicaine pour une ville grandie trop vite : un paradoxe pour deux espaces géographiquement si proches et pourtant totalement dissociés. (malgré la ligne B du RER)

Les enjeux géographiques des différents espaces des villes se jouent toujours au sein même des villes. Les territoires se centrent et s’emboîtent successivement. Par exemple la plupart des habitants d’une ville comme Sevran peuvent très bien y demeurer toute une vie sans jamais connaître « leurs propres quartiers périphériques » (Beaubourg, par exemple, au bout de la ligne B du RER. et inversement plus fréquemment). On y vit alors « comme dans un village », et on fréquente « la place du village » en se réservant un « entre-soi » dans lequel la rencontre avec l’autre est impossible et non souhaitée. L’autre y est gênant et n’y a pas de place.
L’exiguïté des préfabriqués de la Mairie de Sevran où se trouve le bureau du maire, le rapport de proxémique des corps à l’intérieur même du bâtiment municipal est le reflet de ce qui se passe dans la ville. La promiscuité est une composante de la vie sociale dans ces espaces. Elle incite à l’autoprotection de chacun dans son rapport à l’Autre. Qui plus est la précarité de la mairie en tant que bâtiment renvoie à une institution précaire, dont la place n’est pas instituée, et par là même à la précarité de la citoyenneté. La promiscuité et la citoyenneté précaire renvoient alors non seulement à la fragilité économique mais aussi à la précarisation de sa propre identité, susceptible d’être toujours dé-placée.

La MAIRIE MONDE, pourrait-elle (ou devrait-elle) être accueillante aux processus de constitution de l’identité individuelle et de transformation des identités collectives ?
La MAIRIE MONDE, pourrait-elle (ou devrait-elle) inventer des dispositifs d’enracinement ; des rituels d’accueil, de reconnaissance et d’appartenance ?
La MAIRIE MONDE, pourrait-elle (ou devrait-elle) être un ou des bâtiments ? Des espaces fictionnels qui se reconfigureraient auprès des récits du monde

Le bâtiment préfabriqué de la mairie de Sevran est aussi le résultat du déplacement d’un modèle, d’une adaptation locale d’un dispositif conçu et élaboré ailleurs, choisi sur catalogue, multiplié tant que de besoin.
Dans les villes ouvertes aux mouvements du monde, l’apparition de nouveaux habitants n’est pas spontanée. Issus d’un long processus de déplacement, ils sont d’abord des ressortissants d’ailleurs, déplacés, dont la citoyenneté parfois inexistante est souvent ignorée, minorée, déniée. La citoyenneté des habitants d’une ville comme Sevran est donc aussi graduelle, préfabriquée, constituée de l’assemblage de multiples facettes qui empruntent aux cultures, à l’histoire, aux géographies, aux souvenirs des origines, à la diversité des projets politiques et qui s’adaptent au territoire d’accueil. Toutes ces conceptions se croisent et se confrontent, se comparent et se ré-assemblent. Dans le cadre de la république et des idéaux universels chaque ville est confrontée à cette diversité des situations, à la multiplicité des origines, des cultures, des façons d’être, des ruptures. Confrontation non pensée, souvent forcée, contrainte, renoncée, adaptation locale de fait à l’échelle d’une génération, sans partage, sans vision globale, sans grande expression d’un projet politique. Brutalité d’une citoyenneté d’assimilation et de renoncement, qui exige parfois l’abandon douloureux des racines identitaires.

La MAIRIE MONDE, pourrait-elle (ou devrait-elle) être un élément d’un réseau des Mairies Mondes où les habitants seraient simultanément les porteurs et les ambassadeurs d’autres formes de citoyennetés, un espace de pratiques anthropologiques à rebours, l’organisation d’un espace d’inclusion plutôt que d’exclusion ?
La MAIRIE MONDE, pourrait-elle (ou devrait-elle) être un réseau d’expérimentations, dont les résultats seraient relayés, partagés, discutés. Le réseau ouvert d’un mouvement diffus, qui interroge de plusieurs rives du monde les espoirs d’émancipation ?
La MAIRIE MONDE, pourrait-elle (ou devrait-elle) être un réseau de connivence et de mémoire, ou les atteintes, les dénis de citoyenneté, d’égalité pourraient être enregistrés, comptabilisés, partagés, diffusés et combattus. Le réseau d’une autorité civile horizontale, qui de façon transversale, pourrait se mobiliser pour peser, en renouvelant l’idée d’une conurbation mondiale de villes-refuges ?

© Campement Urbain
(S. Blocher / F. Daune / J. Faidit / F. Jupin / J-S. Kin )
Avril 2007

http://mairiemonde.org/

Peter Watkins, Media Crisis, Homnisphères, Paris, 2007 (2003).

4ème de couverture

Par l’expression MEDIA CRISIS (CRISE DES MEDIAS), j’entends l’irresponsabilité des mass media audiovisuels (MMAV) et leur impact dévastateur sur l’Homme, la société et l’environnement.

Je parle des processus manipulateurs et autoritaires mis en place par les médias audiovisuels dont la Monoforme, le langage dominant employé pour structurer les films, journaux télévisés, documentaires… et l’Horloge universelle, cette camisole temporelle qui formate l’ensemble des programmes télévisuels.

Je parle aussi du silence étourdissant de la part des professionnels des médias et du système éducatif autour de l’impact de la Monoforme sur la société en général, et de ses conséquences sur la crise environnementale qui affecte la planète.

Je parle enfin du refus systématique des MMAV d’associer le public à tout débat critique sur les processus de fabrication et de diffusion de leurs productions audiovisuelles dans la société contemporaine.

 

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Peter WATKINS, cinéaste et critique des médias anglais, est l’auteur entre autres de La Bombe (The War Game, 1966), Punishment Park (1971), Edvard Munch (1973), Le Voyage (The Journey, 1986) et La Commune, (Paris, 1871) en 1999. Depuis le début des années 1960, Peter Watkins n’a jamais cessé de porter un regard critique sur les mass média audiovisuels, particulièrement dans ses films où cette thématique majeure a toujours été omniprésente. En dépit des différents types de censure qui ont frappé la plupart de ses œuvres, cet artiste hors-norme a réussi à tourner un peu partout dans le monde. Aujourd’hui, plus que jamais, Peter Watkins continue de se battre pour l’émergence d’un véritable processus alternatif et démocratique dans le champ du medium audiovisuel (« The lost hero of british TV », titrait à son propos The Guardian en février 2000).

Le site des éditions Homnisphères http://homnispheres.info

 

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A Bruxelles, dans la commune de Uccle, les comités de quartiers ont fermement protesté contre la construction d’une ligne de tramay supplémentaire, obligeant à couper les arbres de l’avenue.

Ils ont obtenu gain de cause.

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La loi dite de « Prévention de la Délinquance » : prévention ou répression ?

Le mercredi 23 mai 2007 à Cran Gevrier (Haute-Savoie) s’est organisée une conférence-débat sur la loi dite de  « Prévention de la Délinquance », adoptée par le sénat et l’assemblée le 5 mars 2007. Lors de cette soirée, Pierre Fillard, représentant du Syndicat de la Magistrature, et Maurice Aubry, représentant du Collectif National Unitaire, étaient présents. Le premier objectif de cette soirée était d’informer chacun sur le contenu réel de cette loi et sur ce qui pourra être demandé aux travailleurs sociaux. Le deuxième objectif était de discuter de la mise en place d’un réseau de vigilance, de présenter une charte pour la protection de l’éthique du travail social et de se remobiliser.

Rôle du maire et secret professionnel ?

La loi dite de prévention de la délinquance donne au maire un rôle central dans la prévention de la délinquance comme le montre l’Article 1 par exemple :

« Sous réserve des pouvoirs de l’autorité judiciaire et dans le respect des compétences du représentant de l’État, des compétences d’action sociale confiées au département et des compétences des collectivités publiques, des établissements et des organismes intéressés, le maire anime, sur le territoire de la commune, la politique de prévention de la délinquance et en coordonne la mise en œuvre. »

L’Article 8 permet de préciser ce rôle :

« Lorsqu’un professionnel de l’action sociale, définie à l’article L. 116-1, constate que l’aggravation des difficultés sociales, éducatives ou matérielles d’une personne ou d’une famille appelle l’intervention de plusieurs professionnels, il en informe le maire de la commune de résidence et le président du conseil général. »

Il s’agira donc pour les travailleurs sociaux de fournir au maire des informations sur les situations de certaines familles en difficultés. Le maire deviendra donc un acteur principal pour trouver des solutions. Mais, quelles compétences (non précisées dans la loi) possède-t-il, et, de quels moyens (non précisés dans la loi) dispose-t-il réellement pour trouver ces solutions ? On imagine bien que le maire ne va pas être en mesure de gérer seul cette charge de travail, et on peut se demander quel type d’équipe sera à ses côtés. Autrement dit, pourquoi informer cette personne précisément et pourquoi faire ? Lorsque cette loi désigne le maire comme le principal intéressé, elle concentre les pouvoirs et les responsabilités. Il semble que cette loi tende à créer une hiérarchie pyramidale avec au sommet la figure du maire. Est-ce la bonne personne pour être le principal décisionnaire ? Ne parait-il pas plus logique que les pouvoirs soient distribués entre les différents acteurs de terrain qui connaissent les situations particulières ?

Par ailleurs, cet article remet en cause le secret professionnel. En effet, il oblige à fournir des informations précises et confidentielles sur les familles au maire, et par conséquent, à toute l’équipe qui va travailler avec lui. Ceci signifie que l’on multiplie le nombre de personnes détentrices d’informations confidentielles. Or, d’une part, le travail des professionnels sociaux est basé sur la mise en place d’une relation de confiance avec les personnes, et d’autre part, le secret professionnel apporte une protection aux libertés individuelles. Alors que le rôle des travailleurs sociaux est perverti, le maire est également pris en otage comme l’explique Jean Boutry, maire de Cran Gevrier (Haute-Savoie). Pour lui, il n’est pas question de devenir un auxiliaire de justice ayant le rôle d’un juge ou d’un policier. « Non », le maire a un rôle social, il est « faiseur d’échange et mobilisateur ». Il souligne par ailleurs la nécessité de faire coopérer le système préventif et la police afin de définir une solution la plus adaptée possible.

Prévention et sécurité ?

Le vocabulaire lié aux concepts de répression et de sécuritarisme est omniprésent dans le texte :  «coupable », « infraction », « mise en examen »,  « peine d’emprisonnement » alors que le vocabulaire de la prévention n’est pas présent : sensibilisation, échange, dialogue, limites… Les articles 20 et 21 par exemple, nous interpellent dans ce sens :

« Le fait d’occuper en réunion les espaces communs ou les toits des immeubles collectifs d’habitation en entravant délibérément l’accès ou la libre circulation des personnes ou en empêchant le bon fonctionnement des dispositifs de sécurité et de sûreté est puni de deux mois d’emprisonnement et de 3 750 EUR d’amende.
« Lorsque cette infraction est accompagnée de voies de fait ou de menaces, de quelque nature que ce soit, elle est punie de six mois d’emprisonnement et de 7 500 EUR d’amende.»

« Le fait d’importer, d’exposer, d’offrir, de mettre en vente, de vendre, de proposer à la location ou d’inciter à acheter ou à utiliser un cyclomoteur, une motocyclette ou un quadricycle à moteur qui n’a pas fait l’objet d’une réception ou qui n’est plus conforme à celle-ci est puni de six mois d’emprisonnement et de 7 500 EUR d’amende. Lorsque cette infraction est commise par un professionnel, elle est punie de deux ans d’emprisonnement et de 30 000 EUR d’amende. Le véhicule peut être saisi. »

Le terme prévention caractérise un ensemble de mesures destinées à éviter des évènements, qui risqueraient d’avoir lieu et qui pourraient entraîner un dommage pour l’individu ou la collectivité. Or, la loi telle qu’elle a été écrite contient moins de mesures préventives que de mesures répressives. Ces mesures semblent avoir pour but de sanctionner immédiatement et de façon forte des actes préfigurant une escalade vers la criminalité. Peut-on avoir une vision aussi déterministe des évènements ? Ainsi de menus délits deviennent les signes incontestables d’actes de délinquances graves à venir. Il ne s’agit alors plus de prévention mais d’anticipation. Cette anticipation n’est-elle pas une manière de produire ce que l’on redoute ? L’article 9 stipule que le conseil pour les droits et les devoirs des familles «peut, sans préjudice des dispositions prévues à l’article 375-9-1 du code civil, lorsque le suivi social ou les informations portées à sa connaissance font apparaître que la situation d’une famille ou d’un foyer est de nature à compromettre l’éducation des enfants, la stabilité familiale et qu’elle a des conséquences pour la tranquillité ou la sécurité publiques, proposer au maire de saisir le président du conseil général en vue de la mise en oeuvre d’une mesure d’accompagnement en économie sociale et familiale». Certes, le maire est en charge de la tranquillité publique de sa commune mais cet article fait un lien direct entre les difficultés d’une famille, les problèmes d’assiduité scolaire, et, un trouble à l’ordre public. Par contre, rien n’est mis en place pour protéger les mineurs qui ne sont pas à l école, si l’on considère que ce sont eux qui sont d’abord en danger.

Seulement 4 jours après le vote de cette loi, le vendredi 9 Mars 2007, le premier établissement pénitentiaire pour mineurs (EPM) est inauguré. Il est le premier d’un programme de 7 EPM qui doivent ouvrir d’ici 2008 avec la création de 420 places dans toute la France, soit 90 millions d’euros consacrés à ces constructions, alors que l’on sait que le pays est très en retard sur les questions de conditions pénitentiaires. D’autre part, alors qu’aujourd’hui les quartiers pour mineurs actuels ne sont pas remplis, l’Etat crée de nouveaux lieux d’enfermement sans pour autant faire disparaître les anciens. Le nombre de places de détention sera disproportionné au regard du taux moyen d’incarcération des mineurs. Pourquoi le gouvernement n’a-t-il pas attribué ces moyens au développement des quartiers pour mineurs existants pour rendre les conditions de détention plus dignes et améliorer la spécificité du suivi des jeunes incarcérés ? Dans la suite logique du vote de la loi sur la prévention de la délinquance, le gouvernement fait le choix de l’enfermement pour la jeunesse en prétendant faire celui de l’éducation. Le Syndicat National des Personnels de l’Education et du Social – Protection Judiciaire de la Jeunesse – Fédération Syndicale Unitaire réaffirme son opposition à la construction de tout lieu d’enfermement pour les mineurs, alors qu’il existe d’autres types de structures beaucoup plus efficaces (foyers des services éducatifs de la Protection de la Jeunesse, Juridictions pour enfants…) qui n’ont pas assez de moyens. Une prison, quelle que soit son architecture et les personnes qui y travaillent ne sera jamais un lieu d’éducation. Lorsque l’Etat décide d’enfermer c’est pour punir et non pour prévenir.

Les associations (UD CGT et Santé Action Sociale 74, CFDT interco 74 et Santé Sociaux, FSU Snuipp, SNPES, SUD Santé Sociaux, Union Syndicale de la Psychiatrie, Syndicat de la Magistrature, FCPE, LDH, citoyens syndiqués et non syndiqués) appellent à une résistance active contre cette loi. Ils appellent à l’engagement individuel des professionnels sociaux pour résister à la délation et maintenir le secret professionnel, mais également à l’engagement de tous les citoyens en désaccord avec cette politique pour relayer un maximum d’informations et permettre une mobilisation. Dans ce sens, une Charte pour La Protection de l’Ethique du Travail social a été créée. Celle-ci exige le retrait de la loi dite de « Prévention de la Délinquance» ; exprime le refus de considérer toute personne en difficultés sociales, éducative ou matérielle comme un délinquant potentiel ; refuse l’obligation de délation, l’amalgame entre champ du social, de l’éducatif, de la santé et le champ du répressif et du sécuritaire ; exprime la volonté de ne pas faire entrer ces secteurs dans le domaine de la marchandisation ; et appelle à l’organisation d un réseau de vigilance.

Cannelle Delieutraz et Caroline Delieutraz

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L’appel à la commémoration du 60e anniversaire du Programme du Conseil National de la Résistance

L’appel à la commémoration du 60e anniversaire du Programme du Conseil National de la Résistance adopté dans la clandestinité le 15 mars 1944, lu par les figures historiques de la Résistance en 2004.


Source : www.alternatives-images.net

Au moment où nous voyons remis en cause le socle des conquêtes sociales de la Libération, nous, vétérans des mouvements de Résistance et des forces combattantes de la France Libre (1940-1945), appelons les jeunes générations à faire vivre et retransmettre l’héritage de la Résistance et ses idéaux toujours actuels de démocratie économique, sociale et culturelle.
Soixante ans plus tard, le nazisme est vaincu, grâce au sacrifice de nos frères et soeurs de la Résistance et des nations unies contre la barbarie fasciste. Mais cette menace n’a pas totalement disparu et notre colère contre l’injustice est toujours intacte.
Nous appelons, en conscience, à célébrer l’actualité de la Résistance, non pas au profit de causes partisanes ou instrumentalisées par un quelconque enjeu de pouvoir, mais pour proposer aux générations qui nous succèderont d’accomplir trois gestes humanistes et profondément politiques au sens vrai du terme, pour que la flamme de la Résistance ne s’éteigne jamais :

• Nous appelons d’abord les éducateurs, les mouvements sociaux, les collectivités
publiques, les créateurs, les citoyens, les exploités, les humiliés, à célébrer ensemble l’anniversaire du programme du Conseil national de la Résistance (C.N.R.) adopté dans la clandestinité le 15 mars 1944 : Sécurité sociale et retraites généralisées, contrôle des « féodalités économiques », droit à la culture et à l’éducation pour tous, presse délivrée de l’argent et de la corruption, lois sociales ouvrières et agricoles, etc. Comment peut-il manquer aujourd’hui de l’argent pour maintenir et prolonger ces conquêtes sociales, alors que la production de richesses a considérablement augmenté depuis la Libération, période où l’Europe était ruinée ? Les responsables politiques, économiques, intellectuels et l’ensemble de la société ne doivent pas démissionner, ni se laisser impressionner par l’actuelle dictature internationale des marchés financiers qui menace la paix et la démocratie.


• Nous appelons ensuite les mouvements, partis, associations, institutions et syndicats héritiers de la Résistance à dépasser les enjeux sectoriels, et à se consacrer en priorité aux causes politiques des injustices et des conflits sociaux, et non plus seulement à leurs conséquences, définir ensemble un nouveau « Programme de Résistance » pour notre siècle, sachant que le fascisme se nourrit toujours du racisme, de l’intolérance et de la guerre, qui eux-mêmes se nourrissent des injustices sociales.


• Nous appelons enfin les enfants, les jeunes, les parents, les anciens et les grandsparents, les éducateurs, les autorités publiques à une véritable insurrection pacifique contre les moyens de communication de masse qui ne proposent comme horizon pour notre jeunesse que la consommation marchande, le mépris des plus faibles et de la culture, l’amnésie généralisée et la compétition à outrance de tous contre tous. Nous n’acceptons pas que les principaux médias soient désormais contrôlés par des intérêts privés, contrairement au programme du Conseil national de la Résistance et aux ordonnances sur la presse de 1944.
Plus que jamais, à ceux et celles qui feront le siècle qui commence, nous voulons dire avec notre affection : « Créer, c’est résister. Résister, c’est créer. »

Signataires :
Lucie Aubrac, Raymond Aubrac, Henri Bartoli, Daniel Cordier, Philippe Dechartre, Georges Guingouin, Stéphane Hessel, Maurice Kriegel-Valrimont, Lise London, Georges Séguy, Germaine Tillion, JeanPierre Vernant, Maurice Voutey.

Source : www.alternatives-images.net

Le 13 mai 2007 : Rassemblement citoyen aux Glières

Plus d’un millier de personnes se sont retrouvées au Plateau des Glières, haut lieu de la résistance française, dimanche dernier à 12h pour une marche et un pique-nique fraternel. Objectif : protester contre la récupération du symbole par Nicolas Sarkozy pour servir son ambition personnelle. Celui-ci s’est en effet rendu le 4 mai au Plateau, deux jours avant le deuxième tour des élections présidentielles afin de rendre hommage à la résistance française : « J’ai voulu terminer cette campagne sur le Plateau des Glières, symbole de la résistance française et avec un message à la jeunesse : si dans deux jours, ils peuvent voter, c’est qu’il y a eu des hommes qui ont sacrifié leur vie » a déclaré Nicolas Sarkozy au pied du monument. « C’est un lieu extraordinaire, c’est très beau, c’est un lieu de mémoire, un lieu d’avenir qui donne du sens à une campagne », a-t-il ajouté. Le candidat était accompagné de Bernard Accoyer, député de Haute-Savoie ainsi que du fils et du petit-fils de Tom Morel, un des chefs de la résistance française. En revanche, aucun vétéran n’était présent aux côtés de Nicolas Sarkozy, ceux-ci n’ayant pas été conviés, ni même prévenus de sa venue.

Dans un court discours, Walter Bassan, résistant, rescapé de Dachau et Robert Lacroix, résistant, ont expliqué les raisons de leur appel :
« Non, M. Sarkozy, les combattants des Glières ne sont pas récupérables ! » M. Sarkozy vient de réaliser une opération médiatique sur le lieu des combats de 1944, aux Glières.
Tantôt marchant absolument seul vers le monument, tantôt serré par des parlementaires de son parti et entouré de micros et caméras, il est certain que M. Sarkozy disposait d’un bon metteur en scène ce vendredi 4 mai 2007.
Les dialogues étaient beaucoup moins affûtés : parler de la « sérénité » du lieu s’accommodait bien mal de la bousculade médiatique de ce jour là.
Et les propos polémiques contre sa concurrente au poste de la Présidence de la République face aux micros tendus n’étaient pas dignes d’être proférés sur le lieu même du sacrifice des Résistants Unis.
M. Sarkozy ne sert pas la mémoire des Glières et de la Résistance. M. Sarkozy se sert des Glières.
Nul ne lui contesterait le droit de rendre un hommage personnel et discret aux hommes tombés ici. Nul ne lui contesterait le droit de rendre un hommage public dans une fonction officielle.
Nous lui contestons le droit de récupérer un symbole historique au service de son ambition personnelle, dans une mise en scène détestable à quelques heures du scrutin. La mémoire des combattants des Glières appartient au peuple français.
Les avancées politiques issues de ces sacrifices et des combats de toutes les Forces Françaises de l’Intérieur doivent être défendues. Le programme du Conseil National de la Résistance, unifiant les composantes combattantes a permis des avancées sociales extraordinaires à la Libération. Nous, nous y souscrivons toujours.

Du 31 janvier au 26 mars 1944 au Plateau des Glières, 465 maquisards, encadrés par une poignée d’officiers et de sous-officiers du 27e bataillon de chasseurs alpins, s’opposent aux troupes de la Milice française et de la Gestapo. Malgré une lutte acharnée et le soutien de parachutages alliés (150 tonnes d’armes sont larguées), ce groupe de résistants est anéanti par près de 20 000 soldats de la 157e division alpine de la Wehrmacht, soutenus par des miliciens français et par l’aviation allemande. Le 26 mars, ils subissent l’assaut de la Wehrmacht : 250 maquisards sont tués ; les blessés et les prisonniers sont fusillés ou déportés.

Le Conseil National de la Résistance (CNR) se réunit pour la première fois le 27 mai 1943 clandestinement sous la présidence de Jean Moulin, représentant du Général de Gaulle en France occupée. Il est composé de l’ensemble des mouvements de la Résistance ainsi que de six mouvements politiques et de deux syndicats. Le 15 mars 1944, le CNR définit un programme prévisionnel qui comporte à la fois un plan d’action immédiat contre l’oppresseur et des mesures destinées à instaurer, dès la Libération du territoire, un ordre social plus juste.
Différentes mesures sont décidées afin d’assurer notamment : la liberté et l’indépendance de la presse à l’égard de l’Etat et des puissances d’argent ; la liberté d’association, de réunion et de manifestation ; et l’égalité absolue de tous les citoyens devant la loi.
Par ailleurs, d’autres mesures visent à promouvoir des réformes indispensables sur le plan économique et social. Au niveau économique par exemple, elles appuient : la subordination des intérêts particuliers à l’intérêt général ; le droit d’accès, dans le cadre de l’entreprise, aux fonctions de direction et d’administration pour les ouvriers possédant les qualifications nécessaires ; la participation des travailleurs à la direction de l’économie.
Au niveau social, ces mesures soutiennent entre autres le droit au travail et le droit au repos (par le rétablissement et l’amélioration du régime contractuel du travail) ; un syndicalisme indépendant, doté de larges pouvoirs dans l’organisation de la vie économique et sociale ; un plan complet de sécurité sociale visant à assurer à tous les citoyens des moyens d’existence ; la sécurité de l’emploi ; la réglementation des conditions d’embauche et de licenciement ; une retraite permettant aux vieux travailleurs de finir dignement leurs jours.
Enfin, ces mesures prônent la possibilité effective pour tous les enfants français de bénéficier de l’instruction et d’accéder à la culture la plus développée, quel que soit leur milieu.

Aux vues des avancées sociales permises par ce programme (Programme Nationale de la Résistance), les vétérans des mouvements de Résistance et des forces combattantes de la France Libre (1940-1945), appèlent les jeunes générations à faire vivre et retransmettre l’héritage de la Résistance et ses idéaux toujours actuels de démocratie économique, sociale et culturelle. Ainsi, ils demandent au gouvernement que le 27 mai soit proclamé Jour de la Résistance.

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