08/07/07_Bruxelles_Uccle_4h_pm

imgp1436_redimensionner.jpg

imgp1441_redimensionner.jpg

imgp1439_redimensionner.jpg

A Bruxelles, dans la commune de Uccle, les comités de quartiers ont fermement protesté contre la construction d’une ligne de tramay supplémentaire, obligeant à couper les arbres de l’avenue.

Ils ont obtenu gain de cause.

Il y a des choses…

Il y a des choses que l’on croit pouvoir négliger, que l’on croit pouvoir zapper. Il y a des choses qui ne semblent pas avoir d’importance. Mais peut-être l’importance se trouve dans les détails et leur accumulation. C’est là que quelque chose prend forme. Une forme inédite. Une forme mouvante qui se developpe et dont les contours ne peuvent pas être délimités. Il est possible que les plus grandes choses de ce monde soient le plus souvent microscopiques et pratiquement invisibles.

Cr.D

Eco-Ecoliers

eco_small01.jpg

eco_small.jpg

eco_small03.jpg

Exposition réalisée par les enfants du périscolaire des écoles d’Annecy (74) sur le développement durable, juin 2007.

Christiane Taubira, L’Esclavage Raconté à Ma Fille, Clamecy, Bibliophane, 2006.

L’auteur-e :

Christiane Taubira, députée de Guyane, membre de la commission des Affaires étrangères, a rédigé la proposition de loi visant à reconnaître la traite négrière et l’esclavage comme crime contre l’humanité. Elle est aussi l’auteur-e de plusieurs publications de sociologie, d’économie, et de Mabula Taki, Gallimard, 1995 (in Noir des Isles, collectif).

4ème de couverture :

Il paraît que l’esclavage a toujours existé ? Parle-moi de ces nègres marrons que tu aimes tant …La France devrait donc regretter toute l’aventure coloniale ? Quelle est la différence entre l’esclavage contemporain et l’esclavage dit « moderne » ?

Une mère militante et passionnée raconte à sa fille l’histoire des souffrances et des révoltes des peuples victimes de l’esclavage.

Avec une remarquable force de conviction, elle rappelle que, si cette pratique est abolie en France depuis cent cinquante ans, ses conséquences morales, politiques et économiques affectent aujourd’hui encore des millions d’individus.

Le style incisif et flamboyant et Christine Taubira fait d’abord de son livre une œuvre d’écrivain-e.

Extrait (page 77 à 82) :

Aurait-on pu qualifier la traite et l’esclavage de génocide ?

Au regard de la définition du génocide, à mon avis, non. Si je prends la définition contenue dans la convention de l’ONU du 9 décembre 1948, le génocide qualifierait les actes « commis dans l’intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux, comme tel ». La convention précise les actes concernés, qui seraient « le meurtre de membres du groupe, l’atteinte grave à l’intégrité physique ou mentale d’un groupe, la soumission intentionnelle du groupe à des conditions d’existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle, les mesures visant à entraver la naissance au sein du groupe, les transferts forcés d’enfants du groupe à un autre ». Il est évident que la définition est très contextualisée, au sens où elle a été conçue sur mesure pour définir la Shoah, même si le terme existait auparavant. Le dernier motif, à savoir le transfert forcé d’enfants, se réfère manifestement au Lebensborn, programme nazi de sélection des bébés.

Tous ces actes s’accorderaient à l’esclavage, à l’exception notable des mesures visant à entraver la naissance au sein d’un groupe. Au contraire, les esclavagistes « sélectionnaient » des hommes étalons, comme on fait avec les boucs, les taureaux ou les verrats, pour assurer la reproduction et l’augmentation de leur capital. Cela leur coûtait moins cher que d’en racheter, particulièrement après l’interdiction de la traite qu augmentait le risque des négriers, donc le prix des esclaves. D’autant plus que les conditions de travail qu’ils infligeaient aux esclaves raccourcissaient notablement leur espérance de vie. C’est le problème des définitions : elles figent dans des catégories les méfaits humains qui ont malheureusement toujours sur elles une longueur d’avance. Il me paraît évident que les massacres d’Amérindiens, à partir du moment où ils sont devenus systématiques, constituent un génocide, le but ayant été de les exterminer pour leur confisquer terres et richesses.

La notion de crime contre l’humanité convient donc mieux à ce que furent la traite et l’esclavage ?

Le génocide est un crime contre l’humanité. Le nouveau code pénal français, à la suite de la réforme de 1944, traite les crimes contre l’humanité en ses articles 211 et 212, l’un portant sur le génocide, et l’autre intitulé « Des autres crimes contre l’humanité ». Comme le génocide, le crime contre l’humanité n’est pas défini dans l’absolu mais à travers divers actes. (…)

Les travaux de Mireille Delmas-Marty, de Pierre Truche, d’André Froissard et d’Emmanuel Jos éclairent significativement le sens et la portée du crime contre l’humanité. Ils nous enseignent que c’est la négation de l’humanité de la victime, le fait de l’évincer de la famille humaine, qui d’abord constitue le crime contre l’humanité, replaçant les querelles statistiques à leur place. « Ce ne sont ni le nombre des victimes, ni l’intensité de leur souffrance mais la négation de la part de l’homme éternel qui est en chacun » qui constitue un crime contre l’humanité. L’état de guerre n’est donc pas le seul cadre où il puisse être perpétré. Et pour ma part, je ne vois pas de concept plus pertinent pour embrasser la totalité de ce que furent la traite et l’esclavage. Pouvait-on nier davantage l’humanité de ces enfants, de ces hommes qui furent razziés, marqués au fer, enchaînés, entravés, violés, frappés, vendus par lots ou séparément, mutilés, écartelés, assassinés, en toute légalité ? les conditions de nombre sont satisfaisantes. La souffrance intense est bien réelle. Mais par-dessus tout, ce sont le déni, l’écrasement, l’anéantissement de la part d’homme éternel en chacun des esclaves qui constituent le crime contre l’humanité. Et que les hommes n’aient inventé le nom de leur crime que plus d’un siècle après avoir cessé de l’accomplir n’efface ni adoucit les dommages et la perversion.

Il est quand même bizarre de réaliser que beaucoup de temps a passé et que tout ça est resté dans le plus grand silence.

Le silence officiel. C’était d’ailleurs une recommandation martelée par les gouvernements qui ont lu publiquement le décret d’abolition aux populations rassemblées : « Nous devons oublier le passé. Il n’y a plus dans les colonies que des hommes libres et des frères. » Les oppresseurs avaient tout intérêt à organiser cet oubli. Les anciens esclaves, non. Mais le rapport de forces leur était défavorable. Les anciens esclavagistes conservaient les terres et recevaient en outre des indemnités pour compenser la perte de main-d’œuvre gratuite. L’engagisme, qui consistait à faire venir des travailleurs des pays d’Asie contre de bas salaires, a remplacé l’esclavage. Les décrets contre le vagabondage pris par les gouverneurs, permettant de renvoyer sur les plantations les affranchis qui refusaient le travail salarié, l’obligation faite à tous, y compris au femmes mariées de présenter un livret de travail ont installé les anciens esclaves dans la dépendance et la précarité. Le pouvoir de répression est passé du maître à l’institution judiciaire. Mais celle-ci étant toute dévouée aux planteurs, c’est au nom de l’autorité publique qu’elle assure a chasse aux inactifs, pratiquant aussi les châtiments corporels. L’affranchi se retrouve quasiment aussi encerclé que l’esclave. (…)

Heureusement, les temps changent. Maintenant on va en parler partout, et même l’apprendre à l’école.

Ce n’est pas encore gagné. Les discours officiels qui abondent se situent résolument sur le terrain de l’indignation morale. Il aura encore à ferrailler pou que la traite et l’esclavage soient reconnus pour ce qu’ils furent, le premier système économique et la première organisation sociale hiérarchisée dont les fondations sont la déportation de population et le meurtre légal. Il doit être appréhendé en tant que tel.

Handicap : évolution des concepts

Les représentations sociales sont définies comme le résultat d’une activité mentale construite par les individus pour déterminer leur position par rapport à des situations, des évènements et des objets qui les concernent. Elles se créent selon certaines normes et permettent de les rassurer quant à leur identité. Concernant le handicap, nos représentations sociales sont souvent contradictoires: valorisation de la personne d’un côté (égalité des chances, respect de la différence, droit à la participation), et, dévalorisation d’un autre côté (manque, incapacité, déficiences). On retrouve cette même contradiction de façon très concrète dans le quotidien. Ainsi, par exemple, le symbole du handicap physique est le “fauteuil roulant” alors que paradoxalement, il est un moyen de locomotion de remplacement quand la marche est impossible. Le fauteuil est donc, à la fois, signe de présence et d’absence de situation de handicap. Il inscrit la personne comme handicapée alors même qu’il permet de compenser sa déficience.

imgp1253.jpg

En 1982, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) décide de modifier la Classification Internationale des Déficiences, Incapacité et Handicaps (CIDIH) en décidant de mettre au point un instrument de description non plus centré sur les seules caractéristiques des individus mais prenant en compte le rôle de l’environnement. Cette révision se fait dans un contexte d’évolution des représentations du handicap et d’une revendication des personnes handicapées d’intervenir comme experts dans le domaine. Elle conduit à prendre en considération les obstacles à la participation sociale des personnes handicapées, créés par l’environnement, et aboutit en 2001, à la création de la Classification Internationale du Fonctionnement Humain, du Handicap et de la Santé (CIF[1]). Celle-ci tient compte des aspects sociaux du handicap et fournit un mécanisme pour évaluer l’impact de l’environnement social et physique sur les fonctionnalités de la personne. Par exemple, une personne victime d’un accident, désormais en fauteuil roulant et qui ne peut plus se rendre sur son lieu de travail (bâtiment sans rampe d’accès ou ascenseur) ne doit pas être contrainte de changer de travail. La CIF permet d’identifier l’intervention nécessaire : c’est le bâtiment qui doit être modifié et non la personne qui doit s’adapter. Ainsi, elle offre un outil scientifique permettant de passer d’un modèle médical (le handicap est un attribut de l’individu qui relève d’une politique médicale) à un modèle biopsychosocial, qui intègre des données médicales, individuelles et sociales :

  1. Un changement, une manifestation pathologique se produit chez l’individu (symptômes et signes) ;
  2. Niveau du corps – Quelqu’un prend conscience de ce fait, les signes sont « extériorisés » : la perte ou l’anomalie d’un organe ou/et d’une fonction devient déficience ;
  3. Niveau de la personne – La réalisation des activités de l’individu sont perturbées, limitées : il présente une incapacité. Ce concept désigne la rencontre entre l’individu déficient et l’environnement (humain, matériel) et ses exigences ;
  4. Niveau de la société – L’individu se trouve désavantagé par rapport aux autres dans la société. Cette limitation du rôle et du statut social est définit par le concept de handicap.

En développant sa Classification, le Québec va encore plus loin dans l’évolution des représentations du handicap. Cette classification propose d’expliquer la mise en place des processus qui produisent le handicap, c’est à dire non plus de façon linéaire (déficiences→incapcités→handicap) mais de façon interactive, et suggère de distinguer les concepts de d’activité et de participation à l’intérieur du concept d’incapacité. Par exemple, les activités quotidiennes et domestiques comme les soins liés à l’hygiène ou la préparation des repas ne sont plus considérées comme des capacités personnelles, mais plutôt comme des situations de participation sociale.

Cependant, au niveau international, les différents pays peinent à s’entendre concernant l’évolution de ces concepts. En 2002, l’OMS se trouve confrontée à la querelle, alors que les débats conceptuels pointus dans le domaine ne semblent pas avoir de poids auprès des décideurs politiques. Cette différenciation entre activité et participation n’est pas retenue par la CIF, qui échoue à clarifier le concept d’incapacité, continuant à favoriser le dominant modèle bio-médical et économique. Quelles influences cachées peuvent avoir les intérêts économiques liés aux lobbies des professionnels et industries de la santé, des régimes d’indemnisation, et des systèmes médicaux-légaux qui sont associés à l’OMS ? D’autre part, la CIF renforce la croyance en la responsabilité personnelle de la « capacité » de travail, de prendre soin de ses enfants ou encore de se déplacer en transports en commun. Elle s’éloigne donc de l’idée centrale qui distingue ce qui appartient intrinsèquement à la personne, de la réalisation des activités réalisées socialement, plus complexe et résultante d’une interaction entre les facteurs personnels et es facteurs environnementaux.

L’importance des facteurs environnementaux est pourtant indispensable à prendre considération si on veut avoir une réflexion globale et positive, permettant de lever le fardeau de la responsabilité de l’exclusion sur le dos des « incapables », de faire évoluer les représentations ambiguës que nous avons du handicap, et de faire tomber les apparentes « barrières idéologiques et institutionnelles ». Dans Corps Infirmes et Sociétés, H.J. Stiker relate l’histoire éclairante d’un film anglais. Il s’agit d’un monde dans lequel les Hommes/Femmes sont tous en fauteuil roulant et dont les structures sont organisées en conséquent. Un jour, naît une personne qui a la possibilité de marcher : elle se cogne au montant des portes, glisse sur les rampes…Il se crée alors des associations spécifiques de rééducation, de réapprentissage, d’accessibilité, alors que personne ne pense pas à adapter les structures de base de cette société. Cette histoire fait sourire dans la mesure où il apparaît une analogie évidente et ironique avec notre société, dans laquelle l’inadaptation du départ doit être compensé pour se terminer par une adaptation de la personne concernée.

Cannelle Delieutraz

plus d’infos : http://www.pistes.uqam.ca/v4n2/pdf/v4n2a12.pdf et http://sportadapte38.blog4ever.com


[1] La Classification Internationale du Fonctionnement, du Handicap et de la Santé (CIF) est un cadre conceptuel qui présente une terminologie et une classification normalisées des conséquences de la maladie. La classification a été publiée pour la première fois en 1980 à titre d’essai sous le nom Classification Internationale des Handicaps : Déficiences, Incapacités et Désavantages (CIH). Depuis sa publication, la classification a été utilisée dans divers domaines et comporte des applications spécifiques pour les diagnostics cliniques, l’évaluation en réadaptation, la planification de politiques pour les personnes handicapés et la recherche par sondage. Sous les auspices de l’Organisation mondiale de la Santé, la CIH a été révisée et renommée CIF en 2001.

08/06/07_Paris_Metro_Père_Lachaise_9h_am

Le 11 juin 2007 ouverture de l’EPM de Meyzieu

Le premier établissement pénitentiaire pour mineurs (EPM) ouvrira le 11 juin 2007 à Meyzieu (région Rhone Alpes). Inauguré le vendredi 9 Mars 2007, cet établissement est le premier d’un programme de 7 EPM qui doivent ouvrir d’ici 2008.

Liste des sept EPM :
Quiévrechain (Valenciennes, Nord)
Chauconin (Meaux, Seine et Marne)
Meyzieu (Lyon, Rhône)
Lavaur (Toulouse, Tarn)
Porcheville (Mantes-la-Jolie, Yvelines)
Orvault (Nantes, Loire atlantique)
Marseille (Bouches du Rhône)

La loi dite de « Prévention de la Délinquance » : prévention ou répression ?

Le mercredi 23 mai 2007 à Cran Gevrier (Haute-Savoie) s’est organisée une conférence-débat sur la loi dite de  « Prévention de la Délinquance », adoptée par le sénat et l’assemblée le 5 mars 2007. Lors de cette soirée, Pierre Fillard, représentant du Syndicat de la Magistrature, et Maurice Aubry, représentant du Collectif National Unitaire, étaient présents. Le premier objectif de cette soirée était d’informer chacun sur le contenu réel de cette loi et sur ce qui pourra être demandé aux travailleurs sociaux. Le deuxième objectif était de discuter de la mise en place d’un réseau de vigilance, de présenter une charte pour la protection de l’éthique du travail social et de se remobiliser.

Rôle du maire et secret professionnel ?

La loi dite de prévention de la délinquance donne au maire un rôle central dans la prévention de la délinquance comme le montre l’Article 1 par exemple :

« Sous réserve des pouvoirs de l’autorité judiciaire et dans le respect des compétences du représentant de l’État, des compétences d’action sociale confiées au département et des compétences des collectivités publiques, des établissements et des organismes intéressés, le maire anime, sur le territoire de la commune, la politique de prévention de la délinquance et en coordonne la mise en œuvre. »

L’Article 8 permet de préciser ce rôle :

« Lorsqu’un professionnel de l’action sociale, définie à l’article L. 116-1, constate que l’aggravation des difficultés sociales, éducatives ou matérielles d’une personne ou d’une famille appelle l’intervention de plusieurs professionnels, il en informe le maire de la commune de résidence et le président du conseil général. »

Il s’agira donc pour les travailleurs sociaux de fournir au maire des informations sur les situations de certaines familles en difficultés. Le maire deviendra donc un acteur principal pour trouver des solutions. Mais, quelles compétences (non précisées dans la loi) possède-t-il, et, de quels moyens (non précisés dans la loi) dispose-t-il réellement pour trouver ces solutions ? On imagine bien que le maire ne va pas être en mesure de gérer seul cette charge de travail, et on peut se demander quel type d’équipe sera à ses côtés. Autrement dit, pourquoi informer cette personne précisément et pourquoi faire ? Lorsque cette loi désigne le maire comme le principal intéressé, elle concentre les pouvoirs et les responsabilités. Il semble que cette loi tende à créer une hiérarchie pyramidale avec au sommet la figure du maire. Est-ce la bonne personne pour être le principal décisionnaire ? Ne parait-il pas plus logique que les pouvoirs soient distribués entre les différents acteurs de terrain qui connaissent les situations particulières ?

Par ailleurs, cet article remet en cause le secret professionnel. En effet, il oblige à fournir des informations précises et confidentielles sur les familles au maire, et par conséquent, à toute l’équipe qui va travailler avec lui. Ceci signifie que l’on multiplie le nombre de personnes détentrices d’informations confidentielles. Or, d’une part, le travail des professionnels sociaux est basé sur la mise en place d’une relation de confiance avec les personnes, et d’autre part, le secret professionnel apporte une protection aux libertés individuelles. Alors que le rôle des travailleurs sociaux est perverti, le maire est également pris en otage comme l’explique Jean Boutry, maire de Cran Gevrier (Haute-Savoie). Pour lui, il n’est pas question de devenir un auxiliaire de justice ayant le rôle d’un juge ou d’un policier. « Non », le maire a un rôle social, il est « faiseur d’échange et mobilisateur ». Il souligne par ailleurs la nécessité de faire coopérer le système préventif et la police afin de définir une solution la plus adaptée possible.

Prévention et sécurité ?

Le vocabulaire lié aux concepts de répression et de sécuritarisme est omniprésent dans le texte :  «coupable », « infraction », « mise en examen »,  « peine d’emprisonnement » alors que le vocabulaire de la prévention n’est pas présent : sensibilisation, échange, dialogue, limites… Les articles 20 et 21 par exemple, nous interpellent dans ce sens :

« Le fait d’occuper en réunion les espaces communs ou les toits des immeubles collectifs d’habitation en entravant délibérément l’accès ou la libre circulation des personnes ou en empêchant le bon fonctionnement des dispositifs de sécurité et de sûreté est puni de deux mois d’emprisonnement et de 3 750 EUR d’amende.
« Lorsque cette infraction est accompagnée de voies de fait ou de menaces, de quelque nature que ce soit, elle est punie de six mois d’emprisonnement et de 7 500 EUR d’amende.»

« Le fait d’importer, d’exposer, d’offrir, de mettre en vente, de vendre, de proposer à la location ou d’inciter à acheter ou à utiliser un cyclomoteur, une motocyclette ou un quadricycle à moteur qui n’a pas fait l’objet d’une réception ou qui n’est plus conforme à celle-ci est puni de six mois d’emprisonnement et de 7 500 EUR d’amende. Lorsque cette infraction est commise par un professionnel, elle est punie de deux ans d’emprisonnement et de 30 000 EUR d’amende. Le véhicule peut être saisi. »

Le terme prévention caractérise un ensemble de mesures destinées à éviter des évènements, qui risqueraient d’avoir lieu et qui pourraient entraîner un dommage pour l’individu ou la collectivité. Or, la loi telle qu’elle a été écrite contient moins de mesures préventives que de mesures répressives. Ces mesures semblent avoir pour but de sanctionner immédiatement et de façon forte des actes préfigurant une escalade vers la criminalité. Peut-on avoir une vision aussi déterministe des évènements ? Ainsi de menus délits deviennent les signes incontestables d’actes de délinquances graves à venir. Il ne s’agit alors plus de prévention mais d’anticipation. Cette anticipation n’est-elle pas une manière de produire ce que l’on redoute ? L’article 9 stipule que le conseil pour les droits et les devoirs des familles «peut, sans préjudice des dispositions prévues à l’article 375-9-1 du code civil, lorsque le suivi social ou les informations portées à sa connaissance font apparaître que la situation d’une famille ou d’un foyer est de nature à compromettre l’éducation des enfants, la stabilité familiale et qu’elle a des conséquences pour la tranquillité ou la sécurité publiques, proposer au maire de saisir le président du conseil général en vue de la mise en oeuvre d’une mesure d’accompagnement en économie sociale et familiale». Certes, le maire est en charge de la tranquillité publique de sa commune mais cet article fait un lien direct entre les difficultés d’une famille, les problèmes d’assiduité scolaire, et, un trouble à l’ordre public. Par contre, rien n’est mis en place pour protéger les mineurs qui ne sont pas à l école, si l’on considère que ce sont eux qui sont d’abord en danger.

Seulement 4 jours après le vote de cette loi, le vendredi 9 Mars 2007, le premier établissement pénitentiaire pour mineurs (EPM) est inauguré. Il est le premier d’un programme de 7 EPM qui doivent ouvrir d’ici 2008 avec la création de 420 places dans toute la France, soit 90 millions d’euros consacrés à ces constructions, alors que l’on sait que le pays est très en retard sur les questions de conditions pénitentiaires. D’autre part, alors qu’aujourd’hui les quartiers pour mineurs actuels ne sont pas remplis, l’Etat crée de nouveaux lieux d’enfermement sans pour autant faire disparaître les anciens. Le nombre de places de détention sera disproportionné au regard du taux moyen d’incarcération des mineurs. Pourquoi le gouvernement n’a-t-il pas attribué ces moyens au développement des quartiers pour mineurs existants pour rendre les conditions de détention plus dignes et améliorer la spécificité du suivi des jeunes incarcérés ? Dans la suite logique du vote de la loi sur la prévention de la délinquance, le gouvernement fait le choix de l’enfermement pour la jeunesse en prétendant faire celui de l’éducation. Le Syndicat National des Personnels de l’Education et du Social – Protection Judiciaire de la Jeunesse – Fédération Syndicale Unitaire réaffirme son opposition à la construction de tout lieu d’enfermement pour les mineurs, alors qu’il existe d’autres types de structures beaucoup plus efficaces (foyers des services éducatifs de la Protection de la Jeunesse, Juridictions pour enfants…) qui n’ont pas assez de moyens. Une prison, quelle que soit son architecture et les personnes qui y travaillent ne sera jamais un lieu d’éducation. Lorsque l’Etat décide d’enfermer c’est pour punir et non pour prévenir.

Les associations (UD CGT et Santé Action Sociale 74, CFDT interco 74 et Santé Sociaux, FSU Snuipp, SNPES, SUD Santé Sociaux, Union Syndicale de la Psychiatrie, Syndicat de la Magistrature, FCPE, LDH, citoyens syndiqués et non syndiqués) appellent à une résistance active contre cette loi. Ils appellent à l’engagement individuel des professionnels sociaux pour résister à la délation et maintenir le secret professionnel, mais également à l’engagement de tous les citoyens en désaccord avec cette politique pour relayer un maximum d’informations et permettre une mobilisation. Dans ce sens, une Charte pour La Protection de l’Ethique du Travail social a été créée. Celle-ci exige le retrait de la loi dite de « Prévention de la Délinquance» ; exprime le refus de considérer toute personne en difficultés sociales, éducative ou matérielle comme un délinquant potentiel ; refuse l’obligation de délation, l’amalgame entre champ du social, de l’éducatif, de la santé et le champ du répressif et du sécuritaire ; exprime la volonté de ne pas faire entrer ces secteurs dans le domaine de la marchandisation ; et appelle à l’organisation d un réseau de vigilance.

Cannelle Delieutraz et Caroline Delieutraz

conf2007.jpg

 

Félix Guattari, Suely Rolnik, Micropolitiques, trad. fr., Les empêcheurs de penser en rond, Paris, 2007 (Brésil, 1986).

Les auteur-e-s :

Félix Guattari (1930-1992) était philosopphe, (schizo)analyste, militant politique.

Suely Rolnik est psychanalyste, critique culturelle et professeur à l’Université catholique de São Paulo.

4ème de couverture :

“Oui, je crois qu’il existe un peuple multiple, un peuple de mutants, un peuple de potentialités qui apparaît, s’incarne en faits sociaux, en faits littéraires, en fait musicaux. Il est courant qu’on m’accuse d’être exagérement, bêtement, stupidement optimiste, de ne pas voir la misère des peuples. Je peux la voir, mais… je ne sais pas, peut-être suis-je délirant, mais je pense que nous sommes dans une période de productivité, de prolifération, de création, de révolutions absolument fabuleuse du point de vue d’un peuple. C’est ça la révolution moléculaire : ce n’est pas un mot d’orde, un programme, c’est quelque chose que je sens, que je vis, dans les rencontres, dans les institutions, dans affects et aussi à travers quelques réflexions.” C’est ainsi que Félix Guattari se référait à ce qu’il entrevoyait au Brésil. Ce livre est une sorte de journal de bord écrit avec Suely Rolnik.

Amartya Sen, L’Economie est une Science Morale, Paris, La Découverte, 1999.

Biographie de l’auteur :

Amartya Sen est né en 1933 à Santiniketan, au Bengale. Professeur à Calcutta à l’âge de 23 ans, puis à Cambridge, à New Delhi, à la London School of Economics et à Oxford, il enseigne l’économie et la philosophie à Harvard depuis 1987. Il est également depuis 1998, recteur du Trinity College de Cambridge.

4ème de couverture :

En octobre 1998, le prix Nobel d’économie a pour la première fois, été attribué à un économiste issu du tiers monde et spécialiste internationalement reconnu des questions de développement. Encore, mal connu du grand public, Amartya Sen est un économiste inclassable. Philosophe et, par-dessus tout, humaniste, il s’est efforcé de montrer que l’analyse économique traditionnelle était incapable de penser la diversité des comportements et qu’il était indispensable d’y introduire des considérations politiques, sociales et surtout, éthiques. Ses travaux sur la famine et la grande pauvreté l’ont ainsi conduit à s’interroger sur le rapport entre liberté individuelle et égalité sociale ; entre démocratie et développement économique ainsi que sur le rôle de l’Etat dans la redistribution des richesses. Les deux textes rassemblés dans ce livre constituent une introduction à l’œuvre de Amartya Sen. Le lecteur y découvrira la réflexion vive et stimulante, nourrie d’expériences personnelles et d’exemples concrets, d’un économiste atypique qui sans cesse nous rappelle que l’économie est avant tout au service du bien-être de tous.

« Page précédentePage suivante »